Du ciment pour le cheval de travail.

Nous voici en 2018 à quelques jours de l’ouverture de la foire agricole et forestière de Libramont. Bientôt, les éleveurs de chevaux de trait ardennais exhiberont leurs plus beaux sujets avec fierté. Les noms des écuries résonneront dans les rings de concours. Poulains, pouliches, juments et étalons se verront attribuer les médailles qui leur ajouteront une valeur pécuniaire. Et après…?

Quel sera le sort de ces chevaux, primés ou non? Certes, certains seront vendus à prix satisfaisant par leur propriétaire. Des poulains, issus de juments primées, seront réservés avant même qu’ils ne soient dressés sur leurs membres. Mais la plupart des sujets ne verront jamais amateurs. Ceux là auront un sort qu’une tradition bien pensante ne donne pas le droit de citer.

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Dans les rings de concours à Libramont

Il est très probable que de nouvelles mesures, appels à projets ou déblocage de fonds en faveur du cheval de trait seront annoncés par le politique lors de l’ouverture de la foire de Libramont mais ces initiatives à court terme, certes réjouissantes pour les parties prenantes, n’auront pas d’impact à long terme sur la pérennité de l’utilisation du cheval de travail.

Une législation bafouée puis modifiée dans les forêts ardennaises

Trop peu d’éleveurs ont pris conscience qu’il ne suffit plus d’élever mais qu’il est indispensable, pour écouler leur production, d’éduquer et de préparer les chevaux aux utilisations modernes de l’énergie équine. Ceux qui l’ont compris ne se plaignent plus des maigres et dérisoires primes de naissance octroyées par le ministère en charge de cette “filière”. Ces primes ont le mérite d’exister mais ne constituent certainement pas une source de déploiement des chevaux de travail et d’augmentation du nombre des naissances. Seules des mesures structurelles suivies et une réelle volonté politique à long terme permettront de développer les utilisations modernes du cheval de trait. Il en est ainsi pour le cheval débardeur dans les forêts wallonnes qui se voit supplanter par la machinerie dont le lobby a eu raison de la minorité électorale que constitue le monde du cheval de travail. Les récentes modifications du législateur ont en effet eu pour conséquences d’abroger certaines obligations d’utilisation du cheval en forêt dans les activités de débusquage. Une décision qui met encore davantage à mal la profession et qui est d’autant plus incompréhensible que le cheval n’est pas plus onéreux que la machine et qu’il a une réelle plus-value écologique dans la forêt puisqu’il garde intact les sols et préserve la jeune végétation grâce à la précision de son déplacement.

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Dans la forêt, le cheval de trait laisse les sols intacts et préserve la jeune végétation.

Une première mesure politique structurelle allant concrètement dans le sens du maintien et de l’essor du cheval de travail en forêt serait de rétablir cette loi afin de rendre obligatoire l’utilisation de la force chevaline dans les travaux de débusquage. Cette législation qui existait auparavant n’était que très peu appliquée dans les faits et ces infractions n’engendraient cependant pas de réelles répressions. Il est donc indispensable que cette loi soit suivie de contrôles et que les contrevenants soient lourdement sanctionnés. De paire avec la machine, active en débardage, le cheval en est le complément, pas le concurrent.

Une structure pour les prestataires de service et les donneurs d’ordre

Les subsides du ministère wallon de l’agriculture accordés ces dernières années aux communes wallonnes pour encourager l’utilisation du cheval de travail dans diverses activités agro-environnementales ou de transport sont de bon aloi et ont favorisé le déploiement du cheval en ville et dans les communes rurales. Ces aides ne constituent bien entendu pas des mesures structurelles permettant d’assurer un réel maintien et un développement des nouvelles activités du cheval de travail à long terme. Que deviendront en effet ces prestataires, ces chevaux et le matériel investi si une nouvelle majorité politique ou un ministre nouvellement en place décidaient de faire table rase de cette politique de soutien?

Le Comité Européen des Chevaux de Travail (CECT) défend et promeut l’utilisation moderne du cheval de travail. Les administrateurs de cette ASBL, des professionnels actifs dans le monde du cheval de trait, s’efforcent dans la mesure de leurs possibilités et de leurs moyens d’organiser divers évènements allant dans le sens de la visibilité du cheval de travail. Ils font un travail remarquable d’information et de promotion sur le cheval de travail et ses utilisations.

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Le concours de traction chevaline organisé par la foire de Libramont et sous la coordination du CECT.

Néanmoins, les prestataires de service en traction chevaline ont un manque cruel de lieux d’échange et de réflexion sur leurs activités avec le cheval de travail, sur ses exigences et ses difficultés. De manière plus générale, au travers d’une plateforme commune, les éleveurs, les prestataires, les formateurs, les fournisseurs de matériel, les donneurs d’ordres, les pouvoirs locaux et régionaux, la Division Nature et Forêts devraient pouvoir s’écouter, communiquer et échanger afin de proposer des actions concrètes fédératrices de la pérennité du cheval de travail. Ceci constituerait un deuxième axe de mesures structurelles.

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Les prestataires de services et les utilisateurs …
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professionnels du cheval de travail …
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témoignent d’un besoin de soutien structurel.

Ne pourrions-nous pas considérer les “équidés de travail” dans leur globalité en faisant abstraction des races et de leurs origines afin d’ encourager le développement de la traction animale moderne dans son ensemble? N’est ce pas par là que passera la sauvegarde des races locales, en l’occurrence celle du cheval de trait ardennais? En réponse à ces attentes d’échanges entre les parties prenantes, ne serait-il pas opportun d’ initier la mise en place d’une plateforme, de colloques ou de journées de réflexion aboutissant à des décisions et des actions? Proposons en le thème et le contenu:

“Le cheval de travail prestataire de services”

Débardage et débusquage au cheval

Journées de réflexion et d’échange entre les donneurs d’ordre, les prestataires, un représentant politique et la DNF

Les prestations du cheval de travail

-Répertoire des différentes prestations en traction chevaline.

-Arguments en faveur du cheval de trait dans les communes.

-Construire et valider un projet “Cheval en ville” avec les agents communaux

-Calcul de rentabilité d’un projet

-Aide et support à la construction et à la validation du projet

-Les aides financières

-Les communes qui réussissent et celles qui ont échoué

-La réalisations des services et les meneurs

-Travaux en ville: Choisir la Régie ou la prestation de service

-Recensement des prestataires

-Compétences requises des prestataires et des meneurs

-Formation des meneurs – centres de formation

-Choisir/Valider les meneurs et les prestataires

-La sécurité

-Le cheval prestataire

-Choisir et Valider le cheval prestataire pour les travaux communaux, pour le    travail en forêt

-Les fournisseurs de chevaux prestataires

-Labellisation du cheval de travail

-Les soins et l’entretien

-Bien être animal

-Le cheval retraité

-Le matériel de traction

 –Caractéristiques et performances

-Choix, validation

-Fournisseurs

Organisation de la plateforme “le cheval de travail prestataire de service”

-Les organisateurs, les membres et les invités

-Réunions, fréquence, sujets

-Le suivi et la concrétisation des décisions

-Financement

-Les groupements et associations partenaires, organisateurs et de soutiens

Comité Européen des Chevaux de Travail (CECT)

Les Stud book (Ardennais, Trait belge)

Fédération Européenne du Cheval de Trait pour la promotion de son Utilisation     (FECTU)

Ligue Equestre Wallonie Bruxelles (LEWB)

Fédération francophone d’équitation et d’attelage de loisir (FFE)

Ministères de l’agriculture

Ministères de l’environnement

Haras nationaux de France

Institut Français du Cheval et d’Equitation (IFCE)

Société française des équidés de travail (SFET)

 

La Wallonie dispose d’un terroir, de races de chevaux de travail, d’éleveurs de qualité et de professionnels prestataires au cheval dont les compétences dépassent nos frontières. Les stud book ont réussi à adapter les équidés au fil du temps et des besoins. Le menage au cordeau constitue un savoir faire typique de notre région. Il constitue une plus-value technique et économique. Face aux enjeux énergétiques, le cheval de trait répond parfaitement aux énergies douces et renouvelables.

Les facteurs clé de succès sont réunis. Il manque un ciment pour fédérer les forces vives et faire de la traction chevaline un atout majeur de notre région.

Valère Marchand

Valere.marchand@gmail.com

0498 56 50 63

https://tractionanimalemoderne.wordpress.com/

 

2 commentaires Ajouter un commentaire

  1. BERT Patrick dit :

    Merci Valère pour ton soutien.

    Mais petite précision, le lundi de la Foire, le concours de traction chevaline est une organisation de la Foire de Libramont et non du CECT, même si c’est effectivement le CECT qui en fournit les « bras » et la « tête ».

    Patrick

    J'aime

    1. Valère Marchand dit :

      Merci Patrick pour la remarque pertinente et à bientôt. Valère

      J'aime

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